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Les ports de plaisance passent au collaboratif

Article Les Echos du 05/07/2018 par PAUL MOLGA | STANISLAS DU GUERNY

Les ports de plaisance changent de modèle et s’adaptent aux nouveaux besoins de consommation. Des sociétés se lancent dans l’hébergement flottant, le partage de bateaux mais aussi la location de nuitées à quai.

Fini le port de plaisance dont le principal métier consistait à gérer les emplacements. « Les collectivités propriétaires de ports de plaisance, mais aussi les entreprises privées, ont pris conscience que ce sont des outils de promotion exceptionnels, il faut donc attirer un nouveau public », insiste Gilbert Le Corre, le secrétaire général de la Fédération française des ports de plaisance.

Pour aller plus loin, l’Association des ports de plaisance de Bretagne vient de publier une étude sur la plaisance collaborative. « Elle met en exergue la profonde évolution des modes de consommation. Les plaisanciers ne sont plus tous attachés à l’achat d’un bateau », indique Rozenn Tanguy, la coordinatrice des actions régionales.

Nombre d’entre eux sont adeptes du partage. D’où la création à Lorient d’un nouveau service nommé « Breizh Boat Club » qui fonctionne sous la forme d’un abonnement annuel de 1.300 à 5.000 euros. « Il permet au plaisancier d’utiliser l’un de nos bateaux en saison et en hors saison, aux dates de son choix », note Christian Le Bail, le chargé de ce nouveau service. Cinq bateaux à voile et à moteur composent sa flotte.

Une quinzaine de personnes sont déjà abonnées. Elles n’ont rien à gérer puisque les bateaux sont entretenus par la société, qui paie l’assurance, le carburant et l’emplacement portuaire. Un accord a même été passé pour des locations à la journée avec le Boat Club de France qui intervient sur le même modèle dans plusieurs ports bretons, mais aussi à La Rochelle, Sainte-Maxime ou Venise.

Vélib’ des mers

Le mode coopératif est aussi l’obsession de SailEazy. Cette start-up a lancé en septembre 2015 à Marseille un concept de location de voiliers en libre-service. Elle propose à ses abonnés (une centaine aujourd’hui) de réserver sur smartphone un de ses bateaux jusqu’à une heure avant de larguer les amarres, par exemple pour un afterwork en mer. « Il ne s’agit pas seulement d’une alternative à la propriété, explique le fondateur de SailEazy, Grégoire Guignon. Notre modèle de partage rend aussi service aux gestionnaires de port en faisant tourner entre 10 et 15 personnes sur le même navire alors qu’il n’y a aujourd’hui que 250.000 places dans les ports pour 2 millions de plaisanciers actifs. »

Il faut s’acquitter de 50 à 70 euros selon la saison, puis régler la sortie : entre 60 et 120 euros de l’heure selon le bateau. La flotte de ce « Vélib’ des mers » compte 12 navires haut de gamme (First30, Pogo36, Sunfast3200…) à Marseille, et 9 autres à La Rochelle et à La Trinité-sur-Mer. Et la demande progresse : après avoir doublé le nombre de ses abonnés en moins d’un an, la start-up prévoit entre 3.000 et 4.000 clients dans cinq ans et 500 voiliers déployés sur les quatre bassins de navigation tricolores.

A Lorient, comme ailleurs sur les côtes françaises, rien de plus chic que de passer une nuit à quai sur un bateau. Des particuliers plaisanciers proposent à des touristes de dormir sur l’eau. Ocean Serenity propose ce type de prestation. Les cabines sont préparées en amont par les services de conciergerie qui commencent à se développer dans la plupart des marinas. Les bateaux qu’il est possible d’occuper dans une marina pour une nuit ou un court séjour sont basés à La Grande Motte, Deauville ou Cannes. A La Rochelle, un loueur propose 4 voiliers à quai. Chacun peut accueillir 4 personnes par nuit pour un prix total de l’ordre de 145 euros.